Portrait de synthèse de Jafar Hassan en costume sombre, avec un décor de bureau et une vue conceptuelle sur Amman.

Le coût de la vie et les droits du travail éprouvent la promesse de résultats

Repère politique : Jafar Hassan dirige le gouvernement depuis septembre 2024. L’ancien Front d’action islamique poursuit son activité sous le nom de parti Al-Umma, adopté en 2026. La qualification de « technocratique » décrit ici un mode de gouvernement, sans préjuger de son efficacité. [1][2]

À Amman, la continuité gouvernementale coexiste avec des difficultés économiques persistantes et une opposition islamiste réorganisée. L’examen des annonces, des enquêtes et des revendications révèle un enjeu commun : transformer l’action administrative en résultats contrôlables, y compris pour les travailleurs africains qui participent à l’économie jordanienne.

Une prolongation administrative engage aussi les conditions de travail

Au début d’octobre, une décision sur les permis de travail donne une traduction concrète aux arbitrages du gouvernement jordanien. Le ministère du Travail annonce le 7 octobre la prolongation jusqu’au 1er décembre 2026 de la régularisation des travailleurs étrangers concernés. Le dispositif distingue les personnes entrées pour travailler, déjà titulaires d’anciens permis, de celles entrées pour un autre motif : ces dernières relèvent d’un traitement particulier, comprenant un forfait de 500 dinars pour les périodes antérieures et le paiement d’un nouveau permis. [9]

Cette distinction administrative peut déterminer la possibilité de conserver un emploi formel. Elle concerne des personnes qui produisent des biens, rendent des services et soutiennent des familles. L’évaluation de l’exécutif doit donc regarder, au-delà du nombre de décisions, leur coût d’accès, les délais et les droits effectivement ouverts. Une mesure de régularisation offre une possibilité ; elle ne démontre pas encore que toutes les personnes admissibles peuvent la saisir.

C’est à cette échelle que le gouvernement de Jafar Hassan rencontre sa double épreuve : répondre aux contraintes économiques et rendre ses choix discutables dans l’espace public. L’efficacité revendiquée et la contestation parlementaire prennent sens lorsqu’on examine qui peut travailler, négocier ses conditions et demander des comptes.

Depuis 2024, la continuité de l’exécutif rencontre une opposition réorganisée

La présidence du Conseil situe la formation du gouvernement Hassan au 18 septembre 2024 et le présente toujours comme Premier ministre et ministre de la Défense. [1] Le scrutin de septembre 2024 avait donné 31 sièges sur 138 au Front d’action islamique, selon le rappel institutionnel du FIDA. Ce résultat électoral ancien mesure sa représentation au moment du vote ; il ne suffit pas à reconstituer chaque rapport de forces parlementaire d’octobre 2026. [3]

Le nom de l’opposition a changé. Dans une publication du 26 avril 2026, le parti annonce avoir reçu l’accord écrit de la Commission électorale indépendante pour modifier ses statuts, son nom et son emblème. [2] Il convient donc de parler désormais d’Al-Umma, tout en rappelant son appellation précédente pour comprendre la continuité organisationnelle. Un changement de dénomination ne constitue ni une dissolution ni, à lui seul, la preuve d’un abandon des orientations politiques.

Le compte rendu partisan du septième congrès, publié le 22 septembre, défend la participation politique, le travail constitutionnel et une réforme d’ensemble. Il rapporte aussi l’appel d’Ahmad al-Zarqan à un gouvernement de salut national et les critiques de Wael al-Saqqa sur les libertés, le rythme des réformes économiques et les relations avec les partis. [6] Ces positions documentent une contestation. Elles ne constituent pas le procès-verbal d’un vote de défiance victorieux.

Les prévisions de croissance ne résument pas l’expérience des ménages

Le FMI décrit, dans sa revue du 17 juin 2026, une économie qui maintient sa stabilité macroéconomique malgré la guerre régionale. Il identifie des perturbations énergétiques temporaires, un recul du tourisme et des coûts de transport maritime plus élevés, tout en indiquant que la plupart des secteurs continuent de fonctionner. Sa projection de croissance réelle atteint alors 2,7 % pour 2026 et 3,1 % pour 2027. Il s’agit de prévisions datées, non d’un bilan annuel réalisé ni d’une mesure des effets propres aux événements d’octobre. [4]

Cette appréciation institutionnelle coexiste avec des perceptions économiques moins favorables. L’Institut politique et société rapporte un sondage du Centre d’études stratégiques de l’Université de Jordanie, réalisé du 10 au 26 septembre auprès de 2 012 citoyens : 67 % déclarent faire confiance au gouvernement, mais 44 % jugent leur situation économique dégradée et 12 % améliorée sur un an. La marge annoncée est de 2,5 points à 95 % pour l’échantillon national. Le document primaire complet n’a pas été obtenu ; ces résultats restent attribués à cette présentation secondaire. [5]

Les deux ensembles ne mesurent pas le même objet. Une croissance agrégée peut accompagner des revenus stagnants pour certains ménages ; une confiance déclarée peut exprimer plusieurs attentes à la fois. Les données retenues ne permettent pas de déterminer le poids causal de la sécurité, de la communication gouvernementale ou d’une mesure sociale particulière dans cette confiance.

Le désaccord porte sur les moyens de décider autant que sur les résultats

Le congrès d’Al-Umma annonce une plateforme destinée à recueillir les plaintes et propositions des citoyens pour alimenter le travail des commissions et de son groupe parlementaire. [6] Ce passage annoncé de la demande sociale à l’intervention institutionnelle constitue un mécanisme vérifiable : quelles saisines sont enregistrées, quelles réponses sont obtenues, quelles modifications suivent ? La création d’un outil ne prouve toutefois ni son usage effectif ni son influence sur les décisions.

Le gouvernement présente de son côté une démarche de consultation. Le 14 octobre, la présidence du Conseil rend compte d’une rencontre avec le Parti de la charte nationale, dans une nouvelle série annoncée comme destinée à tous les partis. Le communiqué évoque la modernisation politique et les politiques publiques, en rappelant des échanges antérieurs avec les groupes parlementaires et les organisations professionnelles. [8] Cette déclaration répond au registre du dialogue revendiqué ; elle ne permet pas de conclure que chaque critique d’exclusion a été résolue.

Les rapports de force ne se réduisent pas à une confrontation permanente. Dans une déclaration portant la date du 23 septembre et publiée le 28, le nouveau secrétaire général d’Al-Umma, Mouath al-Khawaldeh, soutient les positions du roi contre l’annexion et les déplacements forcés des Palestiniens, ainsi que la protection des frontières et de la souveraineté jordaniennes. [7] Une convergence extérieure peut coexister avec un désaccord intérieur. Elle ne vaut pas adhésion à l’ensemble du programme gouvernemental.

Les travailleurs égyptiens donnent une portée africaine aux arbitrages jordaniens

La dimension africaine est directement présente dans la relation de travail avec l’Égypte. Un communiqué jordanien publié fin septembre rapporte la rencontre de Nidal al-Qatamin avec le ministre égyptien Hassan Raddad. Les échanges concernent l’organisation du recrutement, les permis et l’information sur les droits et obligations. Le ministre égyptien y défend la poursuite de la coordination entre administrations. [10] Ce compte rendu restitue une position gouvernementale égyptienne ; il ne remplace pas la parole des travailleurs.

Le rapprochement avec la régularisation d’octobre permet de formuler une question précise : le dispositif réduit-il les situations dans lesquelles un travailleur dépend d’un intermédiaire pour conserver son activité légale ? Le forfait et le nouveau permis n’ont pas le même poids pour une personne disposant d’un salaire stable et pour une autre qui attend un paiement. L’effet dépend du revenu, du statut antérieur, de l’accès à l’information et de la possibilité de faire reconnaître une créance. Il ne peut être déduit de la seule nationalité.

Une lecture afrocentrée situe ainsi les travailleurs comme des acteurs économiques dont il faut examiner la capacité de négocier, de changer de trajectoire et de conserver le produit de leur travail. Elle distingue leurs intérêts de ceux de l’administration égyptienne, des recruteurs et des employeurs jordaniens. Le succès diplomatique d’une rencontre ne démontre pas automatiquement une amélioration de leurs conditions ; il fournit un point d’appui pour demander des résultats documentés.

Les comptes d’exécution et les dossiers individuels restent décisifs

Pour mesurer l’action gouvernementale, il manque dans le corpus retenu une série rapprochant les décisions de leurs dépenses exécutées, de leurs bénéficiaires et de leurs résultats. Compter des annonces ou des visites ne permet pas de calculer un gain de revenu. Les perspectives du FMI ne remplacent pas non plus un examen des finances publiques arrêtées après les événements de l’automne.

Sur la régularisation, les informations publiées décrivent le dispositif et annoncent des mesures contre les personnes qui n’auraient pas régularisé leur situation après le 1er janvier 2027. [9] Elles ne fournissent pas ici de bilan ventilé des demandes acceptées, refusées ou abandonnées, ni des sommes effectivement payées par les travailleurs égyptiens. Ces pièces permettraient de tester l’accessibilité réelle de la mesure et la distribution de son coût.

Le traitement de l’opposition exige la même discipline. Un communiqué de parti est une source directe sur ses revendications, mais pas une preuve suffisante de toutes les entraves dénoncées. À l’inverse, une déclaration gouvernementale de disponibilité au dialogue n’établit pas l’égalité d’accès de tous les acteurs. Des comptes rendus parlementaires, décisions motivées et documents de suivi sont nécessaires pour trancher les différends précis.

La prochaine épreuve sera celle des résultats discutés publiquement

Un premier scénario verrait les mesures administratives déboucher sur des permis accessibles, des procédures prévisibles et une amélioration mesurable des conditions de travail. Le dialogue avec les partis pourrait alors porter sur les écarts d’exécution et les choix budgétaires. Ce scénario suppose des données publiées et des voies de recours utilisables ; il ne découle pas de l’annonce d’une consultation.

Un autre scénario combinerait la prolongation des contraintes régionales avec une exécution inégale des décisions. Les ménages et travailleurs disposant de peu de réserves supporteraient alors plus difficilement les délais, même si certains indicateurs nationaux restaient stables. Ce mécanisme est plausible, mais son ampleur et les groupes effectivement touchés demanderaient une enquête de terrain et des données ventilées.

Au 19 octobre 2026, les sources établissent une continuité gouvernementale, des politiques de régularisation, une opposition organisée et des positions publiques parfois convergentes. Elles ne démontrent ni l’effondrement de l’exécutif ni la résolution de la pression économique. Le point décisif sera la capacité des citoyens et des travailleurs concernés à confronter les promesses aux résultats et à peser sur leur correction.

Les documents qui permettent de suivre décisions et contestations

Sources consultées le 19 octobre 2026. Les publications gouvernementales et partisanes sont utilisées pour leurs actes et positions propres. Le sondage est rapporté par une analyse secondaire, avec cette limite explicite.

[1] Présidence du Conseil jordanien — Gouvernement actuel, formation du 18 septembre 2024.

Composition et fonctions affichées lors de la consultation.

[2] Al-Umma — Réception de l’accord sur les statuts et le nouveau nom, 26 avril 2026.

Annonce du parti concernant l’autorisation électorale ; continuité de l’organisation.

[3] FIDA — Rapport SIGHT-II, EB 2026/LOT/P.1, 19 mars 2026.

Annexe III : rappel des sièges obtenus lors des élections de septembre 2024.

[4] FMI — Cinquième revue de l’accord élargi et deuxième revue du programme de résilience, 17 juin 2026.

Conjoncture et projections datées ; ne mesure pas les événements d’octobre.

[5] Institut politique et société — Confiance publique et gouvernements Hassan et Razzaz, 12 octobre 2026.

Présentation secondaire du sondage universitaire de septembre ; questionnaire primaire non obtenu.

[6] Al-Umma — Compte rendu du septième congrès, publié le 22 septembre 2026.

Positions politiques, critiques et plateforme annoncée ; aucune vérification indépendante de tous les griefs.

[7] Al-Umma — Déclaration de Mouath al-Khawaldeh, datée du 23 et publiée le 28 septembre 2026.

Convergences déclarées sur la souveraineté et la question palestinienne.

[8] Présidence du Conseil jordanien — Rencontre avec le Parti de la charte nationale, 14 octobre 2026.

Dialogue annoncé ; ne prouve pas l’achèvement de toutes les consultations.

[9] Ministère jordanien du Travail — Nouvelles décisions sur les travailleurs étrangers, 7 octobre 2026.

Échéances du 1er décembre 2026 et du 1er janvier 2027 ; régimes d’accès distincts.

[10] Ministère jordanien du Travail — Rencontre avec le ministre égyptien du Travail, publication datée du 27 septembre 2026.

Coordination bilatérale. Le jour de semaine affiché ne concorde pas avec la date ; le texte retient « fin septembre ».

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