L’Épiphanie de la Volonté Générale et le Spectre de la Sédition

En cette date charnière du 14 janvier 2026, la République du Mali ne se contente pas de commémorer un événement historique ; elle célèbre l’actualisation d’une essence politique retrouvée. Quatre années nous séparent désormais de ce jour fatidique du 14 janvier 2022, où le peuple malien, dans un élan vitaliste que n’auraient renié ni Hegel ni Fanon, s’est dressé contre l’asphyxie programmée par les sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA. Ce jour-là, la souveraineté a cessé d’être une fiction juridique héritée de la décolonisation formelle de 1960 pour devenir une praxis, une action concrète de refus et d’affirmation de soi face à l’adversité.

Pourtant, au cœur même de cette célébration de la “Souveraineté Retrouvée”, une dissonance se fait entendre, stridente et menaçante. L’émergence et la structuration de la Coalition des Forces pour la République (CFR), orchestrée depuis l’exil et s’appuyant sur des alliances que la morale républicaine réprouve, posent avec acuité la question de la trahison en politique. Comment qualifier l’action de ceux qui, au moment où la Cité est assiégée par le terrorisme et la guerre hybride, choisissent d’affaiblir le rempart étatique au nom d’une conception dévoyée de la démocratie procédurale ?

Cet article se propose d’analyser, avec la rigueur conceptuelle exigée par la gravité de l’heure, ce double dynamique : d’une part, la consolidation ontologique du “Mali Kura” (le Mali Nouveau) comme projet de civilisation fondé sur la souveraineté substantielle ; d’autre part, la mécanique de la trahison opérée par la CFR, qui, sous couvert de revendications politiques, se fait le vecteur objectif de la destruction de l’État-nation. En mobilisant les concepts de légitimité, d’obligation politique et de salut public, nous démontrerons pourquoi le 14 janvier 2026 marque une ligne de crête où se joue, littéralement, l’être ou le néant de la nation malienne.

L’Ontologie du “Mali Kura” : La Souveraineté Comme Condition de Possibilité de l’Existence Nationale

Pour saisir la portée de la “trahison” imputée à la CFR, il convient d’abord d’établir la nature du bien qu’elle menace : la souveraineté malienne telle qu’elle s’est redéfinie depuis 2020. Il ne s’agit pas ici d’une souveraineté westphalienne classique, mais d’une souveraineté de résistance et de refondation.

Le 14 Janvier 2022 : La Naissance du Sujet Politique Malien

La philosophie politique nous enseigne que le sujet politique n’existe véritablement que lorsqu’il est capable de désigner son ennemi et de décider de son destin en situation d’exception. Le 9 janvier 2022, lorsque la CEDEAO, instrumentalisée par des puissances extra-africaines, a décrété un embargo total contre le Mali, l’objectif était clair : briser la volonté d’autonomie des autorités de la Transition par la coercition économique.

La réponse du 14 janvier 2022 fut une rupture épistémologique. En sortant par millions, de Bamako à Tombouctou, le peuple malien a opéré ce que Rousseau nomme le passage de l’agrégat à l’association : il a fait corps. Ce jour-là, la légitimité s’est déplacée. Elle a quitté les textes supranationaux dévoyés pour s’incarner dans la place publique, dans la résilience face à la pénurie, et dans le soutien indéfectible aux Forces Armées Maliennes (FAMa). La “Journée nationale de la souveraineté retrouvée” instituée par le Président Assimi Goïta n’est donc pas une fête du régime, mais la célébration de cette autopoïèse nationale : le moment où le Mali s’est engendré lui-même comme nation libre.

En 2026, cette mémoire est vivante. Elle est entretenue par des leçons modèles dans les écoles, rappelant aux jeunes générations que la liberté a un coût, et que ce coût a été payé par le refus de la servitude. C’est ce capital symbolique que la CFR tente aujourd’hui de dilapider.

La Triade Conceptuelle de la Refondation : Une Boussole Éthique

La souveraineté du “Mali Kura” ne se limite pas à la réaction ; elle est structurée par une doctrine positive. Le Président de la Transition a théorisé cette posture à travers trois principes qui font office d’impératifs catégoriques pour toute action publique :

  1. Le respect absolu de la souveraineté du Mali : Ce principe pose que la légitimité interne prime sur toute légalité internationale. Aucune injonction extérieure, fût-elle de l’ONU ou de l’ex-puissance coloniale, ne peut supplanter la volonté nationale.
  2. Le respect des choix stratégiques et des partenaires opérés par le Mali : C’est l’affirmation du droit à la diversification. Le Mali a rompu avec le monopole diplomatique et militaire occidental pour se tourner vers des partenaires jugés plus sincères et efficaces, tels que la Russie, la Chine, la Turquie et l’Iran. Ce choix n’est pas un alignement aveugle, mais une stratégie de Realpolitik visant à acquérir les moyens de la puissance (équipements militaires, vecteurs aériens).
  3. La défense des intérêts vitaux du peuple malien dans les prises de décision : C’est le principe de finalité. L’État n’existe que pour servir le Maliden (le citoyen malien). Toute ressource (or, lithium, coton) et toute politique doit bénéficier directement à la population, rompant avec des décennies de pillage et d’ajustement structurel.

Ces principes constituent le socle du nouveau contrat social. Ils définissent ce que nous pourrions appeler, en termes kantiens, l’autonomie de la volonté nationale. Quiconque s’attaque à ces principes ne s’attaque pas à un gouvernement, mais aux fondements mêmes de la liberté malienne.

La Matérialité de la Souveraineté : Sécurité et Territoire

La souveraineté ne se décrète pas, elle s’exerce. En janvier 2026, cette souveraineté s’incarne dans la reprise totale du territoire national. La libération de Kidal en novembre 2023 reste l’événement fondateur de cette reconquête. Kidal n’était pas seulement une ville occupée ; c’était le symbole de l’impuissance de l’État, une “enclave de non-droit” sanctuarisée par des accords internationaux iniques (Accord d’Alger) et des forces étrangères (Barkhane, MINUSMA).

En reprenant Kidal par la force des armes et le génie tactique malien, les FAMa ont mis fin à la partition de fait du pays. Elles ont restauré l’intégrité territoriale, condition sine qua non de toute souveraineté. En 2026, malgré les attaques asymétriques et le terrorisme résiduel, l’État est présent sur l’ensemble du territoire, redécoupé en 19 régions pour rapprocher l’administration des citoyens. Cette nouvelle carte administrative est la traduction géographique de la volonté de puissance de l’État central.

L’Alliance des États du Sahel (AES) : Une Souveraineté Élargie

La souveraineté malienne ne s’enferme pas dans un nationalisme étroit ; elle s’épanouit dans la solidarité régionale. La création de la Confédération des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger constitue une révolution géopolitique. Face à une CEDEAO perçue comme un syndicat de chefs d’État aux ordres de l’Occident, l’AES propose une intégration des peuples et des armées, fondée sur le combat commun contre le terrorisme et pour le développement endogène.

En ce début 2026, cette alliance se manifeste concrètement : coordination militaire, projets de banque d’investissement commune, et diplomatie unifiée (soutien au Venezuela, positions communes à l’ONU). L’AES est le bouclier qui protège la souveraineté malienne des ingérences régionales.

Phénoménologie de la Trahison : La Coalition des Forces pour la République (CFR)

C’est à l’aune de cette renaissance nationale qu’il faut juger les actions de la CFR. Si la souveraineté est l’affirmation de la vie de la nation, la démarche de la CFR apparaît, sous l’analyse philosophique, comme une pulsion de mort, une tentative de négation de l’effort collectif.

Une Coalition “Contre-Nature” : L’Alliance de la Carpe et du Lapin

La composition même de la CFR révèle son incohérence idéologique et son opportunisme cynique. Elle rassemble des entités dont les intérêts devraient être inconciliables, unies seulement par la volonté de détruire la Transition :

  • L’Imam Mahmoud Dicko : Figure religieuse tutélaire, il a été le fer de lance de la chute d’IBK en 2020. Aujourd’hui en exil, il tente de rejouer le scénario insurrectionnel en s’alliant à ceux qu’il combattait hier ou qui le craignaient.
  • Les “Démocrates” en Exil : Des figures comme Étienne Fakaba Sissoko et d’autres opposants politiques qui, au nom d’une légalité constitutionnelle abstraite, sont prêts à sacrifier la sécurité du pays.
  • La Connivence avec les Groupes Armés : C’est le point le plus critique. La CFR prône un “dialogue national incluant les groupes armés maliens”, citant nommément les chefs terroristes du JNIM (Iyad Ag Ghaly, Amadou Koufa) et les séparatistes du CSP.

Philosophiquement, cette alliance est un scandale. Comment des “républicains” (comme le prétend le nom de la coalition) peuvent-ils envisager de partager le pouvoir avec ceux qui nient l’essence même de la République (théocratie djihadiste) et de l’État unitaire (séparatisme) ? C’est une trahison des principes républicains au profit d’une tactique de terre brûlée. La CFR est prête à livrer le Mali aux djihadistes pourvu que les militaires quittent le pouvoir. C’est le syndrome de “plutôt Hitler que le Front Populaire”, transposé au Sahel : “Plutôt Iyad Ag Ghaly qu’Assimi Goïta”.

L’Imam Dicko : La Sédition Spirituelle et l’Exil de la Honte

Le positionnement de l’Imam Mahmoud Dicko mérite une analyse particulière. En choisissant l’Algérie comme terre d’exil et base arrière de ses opérations politiques, il commet un acte de haute trahison symbolique et politique.

L’Algérie, en ce début 2026, n’est pas un voisin neutre. Elle est accusée par Bamako d’héberger les rebelles, d’interférer dans les affaires intérieures maliennes et de jouer un jeu trouble avec les groupes armés. Le Ministre Abdoulaye Maïga, dans une diatribe mémorable à l’ONU, a qualifié l’attitude de la junte algérienne de soutien au terrorisme.

En lançant ses appels à la “mobilisation” et au “renversement de la junte” depuis Alger, Mahmoud Dicko se fait objectivement l’agent d’influence d’une puissance étrangère hostile. Il instrumentalise sa stature religieuse pour diviser les Maliens, appelant à la “désobéissance civile” et militaire, ce qui, dans un pays en guerre, équivaut à planter un poignard dans le dos de l’armée.

Son discours sur le “dialogue” est un leurre. Dialoguer avec le JNIM aujourd’hui, alors que les FAMa ont repris l’avantage, ce n’est pas chercher la paix ; c’est offrir une reddition. C’est valider le projet obscurantiste au détriment du projet républicain. L’Imam, qui se présentait comme une autorité morale, est devenu un politicien factionnaire, prêt à brûler la Cité pour y régner sur les cendres.

La Trahison de l’Intérieur : Le Cas Paradigmatique de Choguel Maïga

La trahison n’est pas seulement le fait des exilés ; elle ronge aussi l’intérieur. Le cas de l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga est emblématique de cette dérive. Longtemps visage civil de la Transition et pourfendeur de la France, il a fini par se retourner contre ses alliés militaires.

Son limogeage fin 2024 et son incarcération au milieu de 2025 pour “atteinte aux biens publics” révèlent la fragilité des alliances politiques quand l’ambition personnelle prend le dessus. En critiquant publiquement la durée de la transition et en se posant en victime, Choguel a tenté de fragiliser le régime de l’intérieur au moment où l’unité était la plus nécessaire.

Sa trajectoire illustre la difficulté de passer de la parole souverainiste aux actes de gestion vertueuse. Pour le peuple malien, qui exige l’exemplarité, voir une figure de proue de la “Refondation” tomber pour des malversations financières est une trahison de la confiance publique. Cela alimente le cynisme et affaiblit le moral de la nation, faisant le jeu de la CFR.

La Guerre Économique par Procuration : Le Sabotage de l’Industrie

La trahison de la CFR et de ses alliés ne se limite pas aux discours ; elle se traduit par une violence matérielle contre les intérêts du peuple. Les attaques coordonnées de janvier 2026 contre les unités industrielles de Bafoulabé (Diamond Cement, Carrière et Chaux du Mali) ne sont pas des actes de banditisme ordinaires. Ce sont des opérations de sabotage économique ciblées.

En visant les infrastructures de production, les assaillants (liés aux groupes que la CFR veut “inclure” dans le dialogue) cherchent à :

  1. Détruire l’emploi et créer du chômage pour alimenter la grogne sociale.
  2. Priver l’État de recettes fiscales pour assécher le Trésor public.
  3. Décourager les investisseurs et isoler économiquement le Mali.

Cette stratégie de “l’étranglement” est le complément direct de l’appel à la désobéissance civile de la CFR. C’est une guerre totale contre le peuple malien, menée par ceux-là mêmes qui prétendent vouloir le “sauver” de la junte. Il y a une convergence objective et criminelle entre l’agenda politique de la CFR et l’agenda terroriste du JNIM : l’effondrement de l’État malien.

La Résistance du Réel : Comment le Mali Déjoue la Conspiration

Face à cette offensive multiforme (politique, médiatique, sécuritaire, économique), l’État malien ne s’effondre pas. Au contraire, il démontre une résilience qui valide sa stratégie de souveraineté.

La Riposte Sécuritaire et l’Intransigeance Territoriale

Loin d’être paralysées par les menaces, les FAMa continuent leur montée en puissance. Les frappes aériennes de janvier 2026 près de Banamba et dans la région de Dioïla prouvent que l’armée garde l’initiative. La capacité de projection des forces, rendue possible par les nouveaux équipements (drones, vecteurs aériens) acquis grâce aux partenariats souverains (Russie, Turquie), dément la propagande de la CFR sur l’enlisement.

Le refus catégorique de négocier avec les terroristes, réaffirmé par le Président Goïta, est une position philosophique autant que militaire : on ne négocie pas l’existence de la nation avec ceux qui veulent l’anéantir. C’est le principe de l’État fort, garants de la sécurité collective, contre l’État faible qui achète une paix précaire.

La Résilience Économique et la Solidarité Nationale

Sur le front économique, malgré le blocus sur les hydrocarbures et les sabotages, le Mali tient bon. La gestion de la crise du carburant, avec l’organisation de convois sécurisés et la diversification des fournisseurs via la Côte d’Ivoire et le Sénégal, montre une capacité d’adaptation remarquable.

L’annonce d’un budget 2026 ambitieux (plus de 2730 milliards FCFA), axé sur la sécurité et les investissements structurants, prouve que l’État ne renonce pas à son rôle de développeur. La mobilisation de la diaspora, qui a injecté 200 milliards de FCFA dans un “Fonds de résilience”, est la preuve éclatante que le peuple, où qu’il soit, soutient le projet souverainiste et rejette les sirènes de la division. Cette solidarité financière est un plébiscite concret pour la Transition.

L’Affirmation Diplomatique : La Dignité comme Boussole

La diplomatie malienne de ce début 2026 est une diplomatie de combat. La décision d’appliquer la réciprocité stricte en matière de visas avec les États-Unis est un acte de souveraineté majeure. Elle signifie que le Malien n’est plus un sujet de seconde zone, mais un citoyen d’un État égal aux autres.

De même, la dénonciation des manœuvres algériennes à l’ONU par le Ministre Abdoulaye Maïga a marqué les esprits. En refusant de se taire face aux ingérences, le Mali a restauré sa fierté. Cette posture contraste violemment avec la servilité implicite de la CFR, qui cherche des parrainages à Alger ou en Occident. Le peuple malien, éduqué à l’école de la résistance, sait distinguer ceux qui le défendent debout de ceux qui veulent le mettre à genoux.

Le Jugement de l’Histoire

En définitive, la journée du 14 janvier 2026 est le révélateur d’une dialectique historique fondamentale.

D’un côté, nous avons la Thèse de la Souveraineté Retrouvée, portée par le Général Assimi Goïta et incarnée par le peuple malien. C’est une philosophie de l’action, de la responsabilité et de l’autodétermination. Elle postule que le Mali a en lui-même les ressources morales et matérielles de sa renaissance. Elle accepte le prix de la liberté, qui est l’effort et parfois la souffrance, mais refuse le prix de la servitude, qui est le déshonneur.

De l’autre, nous avons l’Antithèse de la Trahison, représentée par la CFR et ses alliés. C’est une philosophie du renoncement, du compromis douteux et de la dépendance. Elle postule que le Mali est trop faible pour être libre, qu’il doit négocier avec ses bourreaux (terroristes) et se soumettre à ses tuteurs (puissances étrangères). En appelant à la sédition en temps de guerre, elle viole le pacte le plus sacré de la cité : l’unité face au péril.

L’Histoire, ce tribunal du monde (Hegel), a déjà commencé à rendre son verdict. La mobilisation populaire, la résilience de l’État et les victoires militaires montrent que l’Esprit du peuple malien a choisi son camp. La CFR, en s’isolant dans l’exil et dans l’alliance avec les forces du chaos, se condamne à n’être qu’une note de bas de page sombre dans le grand livre de la renaissance malienne.

Le 14 janvier 2026 n’est pas la fin de l’histoire, mais c’est le point de non-retour. Le Mali a franchi le Rubicon de la souveraineté. Il ne reculera plus. Ceux qui tentent de le retenir ne sont pas des opposants politiques ; ce sont, au sens propre et tragique du terme, des traîtres à la Patrie. Et la Patrie, reconnaissante à ses fils loyaux, saura se souvenir de ceux qui l’ont servie comme de ceux qui l’ont vendue.

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